L'Age idéal de l'acquisition d'un chaton
Que veut dire "trop jeune"?
Quel âge un chaton devrait-il avoir en partant pour son nouveau foyer?
Traduit par Mme P. Halls de la chatterie Môr Harlech d'un article par Barbara C. French, publié dans "CATS Magazine", février 2000
Dorie Wilkins* (*pseudonym pour protéger son identité) élevait des Ragdoll depuis deux ans à peine, et venait de produire sa deuxième portée. Elle fut contactée par un jeune couple sympathique qui voulait un chaton; mais ils n'aimaient pas sa politique de vendre les chatons à l'âge de douze semaines. Ils craignaient que le chaton ne les adopte pas pleinement. Ils lui montraient des annonces de journaux proposant des chatons "prêts à partir" à six ou huit semaines. "Je me suis laissée convaincre", soupira Wilkins. "J'avais coutume de vendre les chatons à douze semaines, parce que tous les autres éleveurs semblaient le faire. Je ne savais pas vraiment pourquoi." Elle céda, et laissa partir un des chatons à l'âge de sept semaines.On lui ramena le chaton à l'âge de dix semaines, avec un poids inférieur à celui qu'il avait trois semaines auparavant. Les propriétaires se plaignaient de ce que le chaton souffrait d'un rhume et d'une diarrhée chronique, et qu'il ne se servait pas de la caisse à litière. Il ne s'était pas habitué au chat déjà en place, et passait la plûpart du temps caché sous le canapé. "Ils disaient qu'ils ne prendraient plus jamais un chat de pure race, car ceux-ci ne sont manifestement pas sains," raconte Wilkins. Avec des soins vétérinaires, et beaucoup de tendresse, le chaton fut rétabli en quelques semaines. Wilkins attendit presque six moins avant de le replacer.
Les problèmes de ce chaton n'avaient rien à voir avec son patrimoine génétique.
"Les chatons devraient avoir au minimum douze semaines avant de quitter leur premier foyer," dit le Dr. Betsy Arnold, DVM, éleveuse émérite de Siamois, vétérinaire avec une clientèle exclusivement féline, à Rochester, New York. "A mon cabinet, j'ai vu entrer des chatons de six ou sept semaines, avec un poids de douze, peut-être quatorze onces (trois ou quatre cent grammes) C'étaient des bébés. Ils avaient encore besoin de leur mère."
Douze semaines, cela peut sembler beaucoup à ceux qui ont l'habitude de voir des annonces du genre "chatons prêts à partir à six ou huit semaines". La plûpart des propriétaires de chats ont eu des chatons aussi jeunes. Ils sont si mignons à cet âge, et beaucoup de gens ont du plaisir à avoir des chatons si petits, à les regarder grandir. Pourtant, nous risquons de compromettre leur santé de manière permanente, en les séparant trop tôt de leur mère. Il y a des étapes cruciales, mentales, émotives et physiques, qu'un chaton doit passer entre six et douze semaines. Séparer un chaton de cet âge de sa mère, de ses frères et soeurs, d'un environnement familier, peut provoquer au moins un niveau élevé de stress et d'angoisse; au pire, cela peut mener à des problèmes médicaux graves, et même à la mort.
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ROBLEMES POTENTIELS D'UNE SEPARATION PRECOCE Problèmes immunitaires et sanitaires
"Une de mes préoccupations concernant la séparation précoce de la mère, c'est que le sytème immunitaire du chaton est en plein développement entre huit et douze semaines d'âge," dit le Dr. Arnold. "Les immunités acquises de la mère faiblissent, et celles de la vaccination sont tout juste en train de prendre la relève. Pendant ce temps, ils sont plus vulnérables aux maladies, par exemple les problèmes du système respiratoire supérieur, et des diarrhées." Les chatons sont en général vaccinés contre la panleucopénie, la rhinotrachéite et les calciviroses, à six, neuf et douze semaines. Cependant, les immunités ne se développent pas instantanément; il peut se passer jusqu'à dix jours avant que le vaccin devienne éfficace. Jusqu'à ce moment, les chatons reçoivent une certaine immunité des anticorps présents dans le lait de leur mère; mais c'est aussi l'âge où ils commencent à se sevrer. Leur système immunitaire "se transforme"; des immunités acquises du lait maternel, il pas aux immunités acquises par des vaccinations. Pendant ce temps, leur système immunitaire étant pleinement occupé à cette tâche, le chaton est moins résistant à d'autres maladies. "Le stress d'être transporté dans un nouveau foyer et d'être exposé à d'autres microbes peut rendre le chaton plus vulnérable à la maladie pendant cette période," ajoute le Dr. Arnold.A six ou sept semaines, le chaton vient à peine de recevoir sa première série de vaccinations; le nouveau propriétaire doit penser à faire faire les rappels. Il lui arrive d'oublier, et ceci peut entraîner de fâcheuses conséquences. L'éleveuse d'Himalayans et de Persans, Barbara Redalia de la Chatterie Tuleberg se souvient: "Une fois, une personne nous acheta un chaton, oublia de faire faire les rappels, et, quand leur fils devint allergique, nous le ramena. Malheureusement, ce chat avait attrapé une rhinotrachéite chez elle, et il en infecta une chatte portante chez nous. Cette chatte dont les immunités à la rhinotrachéite étaient apparemment en baisse, tomba gravement malade, perdit ses chatons, et dut finalement être euthanasiée."
"J'ai parlé avec beaucoup de nouveaux propriétaires qui ont acheté leurs chatons à l'âge de huit semaines, l'âge mimimum selon la loi en Floride," dit Susan Geren, qui élève des Persans et Himalayans avec l'affixe de Pyewacket. "La grande majorité en avaient des problèmes de santé avec leurs nouveaux bébés, venant probablement du stress de la séparation précoce de leur mère et des frères et soeurs. J'ai expliqué à ces gens mes raisons de ne pas placer mes chatons si jeunes, et leur ai suggéré que, à l'avenir, ils s'en souviennent pour reconnaître les éleveurs plus portés sur le côté commercial et l'avantage financier, que sur le placement de chatons sains et psychologiquement équilibrés. Après tout, cela coute beaucoup plus cher de garder les chatons jusqu'à l'âge de quatre ou cinq mois."
Certaines études ont démontré que vacciner à six semaines, c'est peut-être trop tôt. "J'ai perdu une fois un chat de 10 mois, qui avait la panleucopénie," raconte Mary Tyson, des Siamois de Thaison. "Après de longues discussions entre le fabricant du vaccin et mon vétérinaire, le chef des recherches de Pittman Moore est arrivé à la conclusion qu'il ne s'agissait pas d'une série de vaccins contaminée Cornell (le centre de santé féline), qui s'est chargé des analyses d'autopsie (et qui avait également fait des analyses sanguins pendant que le chat était encore vivant) en a conclu, avec Pittman Moore, que certains chats n'acquièrent pas des immunités durables à partir de vaccins administrés avant l'âge de 16 semaines; le chat en question avait eu ses derniers rappels à douze semaines. A la suite de cela, je n'ai plus laissé partir de chatons avant qu'ils n'aient eu leurs derniers rappels à seize semaines." "Ma raison principale pour placer des chatons à douze semaines (ou davantage) c'est que les chatons peuvent être extrêmement fragiles, et le fait de les transporter dans un nouveau foyer, un nouvel environnement, ajoute au stress qu'ils subissent, les rendant plus vulnérables aux maladies," dit l'éleveuse de Burmese Jaina Wendtland. "Et quand cela arrive, l'acheteur met la faute sur le vendeur - très souvent à juste titre."
Le "bon" âge pour partir peut varier, selon le chat ou selon la race. Certains chats sont simplement pas assez grands pour quitter leur foyer, et ont besoin d'un peu plus de temps. Carola Goodwin, éleveuse de Devon Rex, remarque que les chats de sa race sont assez petits, et ont besoin d'au moins douze semaines pour mûrir et être socialisés. Amanda Bright, qui élève des Bleus Russes avec les affixes de Kyina et Talisker, remarque que sa race a tendance à être très svelte, et elle pense que les chatons ont besoin d'une plus grande masse corporelle pour supporter les vaccinations. Elle trouve plus sage de les faire vacciner un peu plus tard, afin qu'ils soient mieux à même d'affronter d'éventuels problèmes.
D'un point de vue sanitaire, il vaut mieux que le chaton reçoive l'ensemble de sa première série de vaccinations, y compris les rappels, pendant qu'il est encore dans son premier foyer, dans un environnement familier. Les primo-vaccinations ne suffisent pas pour acquérir les immunités, et le chaton a besoin de temps afin que son système immunitaire puisse s'adapter complètement au changement d'un système (lait maternel) à l'autre (vaccination). Ils devraient aussi avoir une taille et une maturité physique suffisantes avant de partir.
Problèmes de nutrition et d'élimination
"Le sevrage n'est pas un évenement, c'est un processus," dit le Dr. Arnold. "Ils ne commencent pas un jour à manger du solide. Ils mangent un peu, têtent un peu, mangent un peu, têtent, et ainsi de suite. Finalement, ils mangent davantage qu'ils ne têtent, puis arrêtent complètement de têter. Ce processus n'est pas achevé à six ou huit semaines."
De leur propre chef, les mères-chat finissent par ne plus laisser têter les chatons. Chez la plûpart ceci se produit tout seul entre huit et douze semaines. Cependant, ce processus est important, car il enseigne au chaton comment réagir positivement à la frustration et au refus. A mesure que la mère commence à refuser la têtée au chaton, qui en a très envie, elle lui montre comment gérer cette frustration. Les chatons qui n'apprennent pas cette leçon risquent d'avoir plus tard des problèmes de comportement.
Le sevrage, ce n'est pas seulement une question de faire prendre une nourriture solide. C'est une période importante, pendant laquelle le chaton commence à s'émanciper de la mère. Ce processus doit se faire petit à petit. "En général, mes bébés têtent encore à 9, 10 semaines, et même au-delà," dit Rosi Carroll, des Bengal de Rojon. "Je n'ai jamais eu d'appel d'un client se plaignant qu'un chaton miaule après sa mère. Ils sont vite chez eux dans leur nouveau foyer."
Il arrive souvent aussi que des chatons partis trop jeunes mangent mal et aient des problèmes de propreté. Beaucoup de chatons de six à huit semaines ne vont pas, de manière consistente, dans la caisse à litière. J'ai constaté que mes propres chatons ont parfois jusqu'à dix semaines avant d'avoir achevé l'entraînement de la caisse à litière. Et la diarrhée accompagne parfois les changements de nourriture et le stress du déménagement au nouveau foyer. La diarrhée peut mettre en danger la vie d'un chaton trop petit; la déshydratation importante et la perte de poids rapide représentent un grave problème quand la masse corporelle est déjà si petite.
Problèmes de socialisation et de comportement
Les gens expriment souvent le désir d'avoir un très jeune chaton parce qu'ils craignent qu'un chaton plus grand ne les acceptera pas totalement. Ceci est tout à fait faux. Comme dit Ann Segrest des Korat Kiriki, "Les chatons plus âgés n'ont aucun problème à créer des liens affectifs avec leurs nouveaux humains. Les chats n'ont pas besoin de se faire une place dans la hierarchie, comme doivent faire les chiens. Nous devons chasser cette idée reçue, afin que les chatons puissent avoir l'occasion d'apprendre de leur mère, et qu'ils soient aussi sains et libres de stress que possible au moment de partir dans leur nouveau foyer."
Il est vrai que les chatons séparés trop jeunes de leur mère s'attachent souvent à une personne, comme mère adoptive. Cela peut paraître mignon, mais c'est malsain. De tels chatons sucent des couvertures, les habits, les boutons - même les oreilles, ou des parties de leur propre anatomie. Ils peuvent devenir dépendants de leur humain au point de devenir peureux ou névrosés si on les laisse seuls. Beaucoup d'entre eux se cachent, ou fuient à la vue de personnes inconnues. Dans la plûpart des cas, des chats privés d'éducation sociale maternelle n'apprennent pas à vivre avec leurs congénères. Ceci les rend inaptes à vivre dans un foyer où il y a plusieurs autres chats.
La socialisation du chaton commence à environ quatre semaines, et peut continuer jusqu'à l'âge de quatorze semaines. Le chaton apprend à explorer son monde pendant cette periode, sous la surveillance réconfortante de sa mère. Entre neuf et quatorze semaines, il apprend, de sa mère et des frères et soeurs, comment se comporter avec d'autres chats. Il apprend à reconnaître et à interpréter le langage du corps félin. Litéralement, un chat privé de cette étape sociale importante, ne sera peut-être jamais capable de "parler" avec ses congénères.
C'est pendant cette période aussi que le chaton doit être exposé, d'une manière positive, à la présence d'autres humains, afin qu'il n'ait pas peur de certains types de gens. Un chat incorrectement socialisé peut avoir peur des hommes, par exemple, des personnes portant des lunettes, etc.
L'éleveuse de Manx, Marj Baker, a dû élever trois chatons dont la mère ne pouvait plus s'en occuper quand ils avait trois semaines. "[Ces chatons] mordaient, ou plûtot, mordillaient; ils voulaient "manger" mes doigts - et exigeaient que je m'en occupe à 100 pour cent du temps. Ils adoraient mâcher mes cheveux, lécher et mordiller mes habits. On ne pouvait pas les laisser seuls. La plupart des Manx sont capables de s'amuser tout seuls, mais pas ceux-ci. Ils étaient aussi beaucoup plus difficiles [à éduquer pour aller dans la caisse à litière], préférant s'acroupir par terre. Je suppose que je n'ai pas été une très bonne maman-chatte."
Deborah Feldham, des Abyssins Glendoveer, raconte une histoire similaire. "Une fois j'ai accueilli deux chatons orphelins que j'ai dû nourrir à la syringue parce qu'ils étaient si jeunes," dit elle. "Ce n'était pas facile. Ils étaient jaloux et pas du tout sûrs d'eux, montrant leur insécurité en faisant leurs besoins dans des endroits inappropriés, en griffant, en soufflant contre les étrangers. Je pense que, si ces chatons étaient nés dans un environnement plus sécurisant, élevés par leur mère [plus longtemps], ils auraient été mieux préparés, psychologiquement, pour s'intégrer dans leur nouveau foyer. Les chatons apprennent de leur mère, des frères et soeurs de portée, de l'environnement."
Les chatons ont besoin du temps avec leur mère et leurs frères et soeurs pour apprendre les leçons importantes de la vie - des leçons qui feront d'eux des chatons sains, heureux et confiants. "J'ai vu des chatons trop vite séparés de la mère devenir névrosés, mâcheurs de tissu," dit June Abbott Colwell, des Siamois Velpaws. "[Les chatons] ont besoin d'être, non seulement avec la mère, mais aussi avec les frères et soeurs. Ils apprennent un comportement de jeu acceptable de l'une comme des autres. Les chatons séparés précocement sont moins tolérants, moins sûrs d'eux mêmes plus tard."
LE CHATON A DOUZE SEMAINES
A l'âge de douze semaines, la majorité des chatons sont sevrés ou presque, ont reçu une socialisation adéquate de la mère et des autres chatons de la portée, ont reçu la série complète de vaccinations, et ont passé avec succès la période de transition critique du système immunitaire. Correctement manipulés et socialisés par les humains, ces chatons ont appris à explorer leur monde, et y feront face de manière confiante et extravertie, qui leur servira toute leur vie. Ceci peut varier suivant le chat ou la race.
La chose la plus importante à retenir est ceci: la décision de placer le chaton, et à quel âge, devrait être motivée par le bien-être présent et futur du chaton, non pas par les considérations financières, ni le simple désir de l'acquéreur d'avoir un chaton plus jeune, pour quelque raison que ce soit. L'enfance du chat est très courte. Vous aurez votre chaton pour peu de temps, mais le chat pendant des années. Peut-être serez-vous déçu de devoir laisser le chaton encore un mois ou deux chez sa mère, alors que vous espériez l'avoir plus tôt; mais cela fera toute la différence pour le chaton, par l'impacte sur sa santé mentale, emotionnelle et physique, tout au long de sa vie. Si vous cherchez un chaton dans un refuge, vous n'en aurez peut-être pas le choix. Mais si vous le prenez chez une connaissance ou un éleveur, insistez, pour la santé du chaton, qu'il ait au moins douze semaines. Vous aurez ainsi un ami félin plus sain, plus heureux et mieux socialisé.