Stérilisation précoce du chaton
Vous recherchez un chaton "pour la compagnie" et en étudiant les
conditions de vente proposées par les différents éleveurs, vous avez
remarqué que certains "offraient" ou "exigeaient" de stériliser
votre futur compagnon avant de vous le confier.
A partir de ce moment, vous pouvez vous poser beaucoup de questions.
Afin d'y répondre, voici les arguments de deux spécialistes dans ce
domaine : Elise Malandain qui, à l' ENV d' Alfort a longtemps étudié
la reproduction féline, notament l'insémination artificielle chez la
chatte et Anne-Claire Chappuis-Gagnon, chargée de consultation
féline à l'ENV de Lyon.
A vous de vous faire votre opinion sur ce sujet qui fait couler pas
mal d'encre....Laissons la parole aux spécialistes.
» Extrait de la Lettre du Club
Félinotechnique Royal-Canin N°14 - Mai-Juin-Juillet 2003 par le Dr
Elise Malandain
» La stérilisation précoce chez le chat
par le Dr Anne-Claire Chappuis-Gagnon
Extrait de la Lettre du Club Félinotechnique Royal-Canin N°14 -
Mai-Juin-Juillet 2003 par le Dr Elise Malandain
Pour l'éleveur passionné, le renouvellement des reproducteurs
est primordial, mais il est tout aussi souhaitable que des
sujets non destinés à la reproduction, et vendus comme animaux
de compagnie, ne soient pas accouplés. Face à ce problème, les
éleveurs Outre Atlantique pratiquent depuis de nombreuses années
la stérilisation dite "précoce". En France, ces opérations,
pratiquées entre 2 et 3 mois, sont toujours l'objet de vives
polémiques.
Stérilisation précoce et idées recues
La croissance
On dit souvent que la stérilisation réalisée lors du jeune âge
entraîne une croissance réduite, et donc de petits individus.
Or, les hormones sexuelles (testostérone et oestradiol)
interviennent dans la fermeture des cartilages de croissance, ce
qui pourrait au contraire laisser penser à une croissance plus
importante. Des études statistiques, réalisées aux EtatsUnis, ne
montrent pas ou très peu de différence de fermeture des
cartilages de croissance et de taille adulte, que le chat ait
été stérilisé à 7 semaines ou à 7 mois. Eventuellement, il faut
alors s'attendre à ce que le chaton soit très légèrement
plus grand en fin de croissance.
Les calculs urinaires chez le mâle
La castration précoce du chat mâle a longtemps été accusée de
favoriser l'apparition de calculs urinaires, par diminution du
diamètre de l'urètre (conduit reliant la vessie au méat
urinaire). Des mesures ont été réalisées en comparant les
diamètres urétraux de chats castrés à 7 semaines et à 7 mois et
n'ont montré aucune différence. La castration précoce n'est donc
pas en soi un risque supplémentaire de calculs urinaires.
Par contre, le développement du pénis est limité chez les
animaux castrés très jeunes, et son extériorisation devient
alors plus difficile que chez des animaux castrés plus
tardivement.
L'obésité
Bien que l'obésité puisse survenir chez tous les chats (castrés
ou entiers) et que l'activité et la nourriture jouent un rôle
prépondérant, les animaux castrés ont un risque d'obésité plus
élevé, du fait d'une diminution des besoins énergétiques liés à
la castration.
La stérilisation précoce n'entraîne en tous cas pas de hausse de
ce risque par rapport à une stérilisation plus tardive. II
convient, quel que soit l'âge de l'opération, d'adopter des
mesures préventives de la prise de poids.
Les avantages de la stérilisation précoce
Les tumeurs mammaires
Les chattes castrées ont environ sept fois moins de risques que
leurs congénères intactes de développer une tumeur mammaire.
Chez la chatte, ces tumeurs sont d'ailleurs souvent de très
mauvais pronostic (90% de malignité). Pour réduire ce risque au
maximum, il convient de stériliser les chattes avant leurs
premières chaleurs, ce qui n'est pas toujours le cas des
femelles opérées aux alentours de 7 ou 8 mois.
La reproduction non désirée.
II est évident que l'anesthésie d'un chaton de 2 mois est plus
délicate, et nécessite une expérience particulière. Ceci étant,
pratiquée dans de bonnes conditions, elle ne présente pas plus
de risques que Selon le même principe, nombreux sont les
propriétaires de chattes qui pensent bien faire en attendant que
les premières chaleurs de la femelle soient passées pour
pratiquer la stérilisation, voire même qui partent du principe
qu'une chatte a « besoin » d'avoir une portée dans sa vie. Cette
position, terriblement anthropomorphique contribue au
développement de la population de chats errants en France,
puisqu'il n'est pas toujours facile de placer les chatons issus
de ces portées.
Pour les chattes de race, cela conduit fréquemment à deux
situations : soit une mésalliance avec un sympathique (mais
néanmoins peu adapté) chat de gouttière, soit un accouplement
non raisonné avec un mâle de la même race, mais sans réelle
sélection.
L'anesthésie du chaton, un risque majeur ?
L'état général du chaton est primordial seuls des animaux en
bonne santé, et correctement vermifugés (attention au risque
d'anémie) pourront être opérés. Chez le chaton, le risque
d'hypoglycémie est plus important que chez un adulte : en effet,
les chatons ont plus de mal à maintenir une glycémie normale en
l'absence de repas. La mise à jeun chez les chatons doit donc
s'effectuer plus tardivement. Un délai de 4 à 5 heures entre le
dernier repas et la chirurgie doit être respecté. Dès que le
réveil est complètement obtenu, un repas devra être proposé dans
l'heure. Ce repas, proposé à la clinique, aura tout avantage à
être sous forme humide ou réhydraté, pour compenser les pertes
en eau, proportionnellement plus importantes chez les animaux de
petite taille. Les gammes d'aliments vétérinaires proposent
d'ailleurs des produits parfaitement adaptés à cette indication.
Enfin, les suites opératoires sont souvent moins difficiles pour
le chaton que pour l'adulte.
La stérilisation précoce est une alternative à la stérilisation
tardive, qui doit progressivement être prise en compte en
France. Sans pour autant la rendre systématique (attention à ne
pas castrer de jeunes chatons qui vont s'avérer être de
formidables sujets pour la race !!), l'éleveur doit en connaître
les avantages et inconvénients.
Pour le chaton de race, comme pour celui de gouttière, c'est en
tous cas un moyen infaillible d'éviter la naissance de portées
non désirées.
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La stérilisation précoce chez le chat, par le Dr Anne-Claire
CHAPPUIS-GAGNON (chargée de consultation féline à l'ENV Lyon)
Elle est pratiquée couramment dans les pays anglo-saxons depuis
plus de 15 ans maintenant, avec deux indications majeures :
- La stérilisation des chatons errants, non destinés à
l’adoption, trappés le plus tôt possible et remis dans
l’environnement ensuite, après avoir été vaccinés et
stérilisés,
- La stérilisation des chatons de pure race pour lesquels
les éleveurs ont ainsi la garantie que les acquéreurs ne les
feront pas reproduire.
Cette pratique a permis d’avancer sensiblement l’âge de la
stérilisation sur les chats destinés à la compagnie, tout en
respectant le moment privilégié qu’est la vie d’un jeune chaton
chez son nouveau maître.
Technique
La technique en soi ne présente aucune difficulté, bien au
contraire : tous ceux qui la pratiquent témoignent de la
facilité à trouver des cornes utérines et des ovaires qui ont,
dès l’âge de 7 semaines, la taille et le volume qu’ils ont à 6
mois, le tout dans un environnement dépourvu de graisse.
Chez le mâle, le volume des testicules n’est pas aussi développé
qu’il le sera à 6 mois, mais la castration dès l’âge de 7
semaines ne pose pas de problème technique…sauf sur les races à
développement lent comme le Persan, le Scottish et parfois le
British où on ne peut parfois parler de cryptorchidie définitive
qu’à 6 à 10 mois.
En revanche, l’anesthésie générale demande beaucoup de soins
et de vigilance puisque le poids du chaton peut varier de 700 gr
à 2 kg, selon l’âge auquel il est stérilisé. D’une façon
générale, il faut être extrêmement vigilant :
sur la diète qui ne doit pas dépasser 3 à 4 heures sur des
chatons de 7 à 8 semaines, suivie d’une ré-alimentation une
heure après l’intervention (l’hypoglycémie est rapide et
entraîne une hypothermie qui va consommer beaucoup d’oxygène),
et sur le maintien de la température corporelle en utilisant des
moyens sûrs comme un tapis chauffant, une couverture polaire
avec une alèse placés sous le chaton, des gants d’examen remplis
d’une eau dont on aura préalablement vérifié la température et
qu’on ne laissera pas refroidir au contact du chaton. Les
brûlures sont très fréquentes avec des gants remplis d’eau trop
chaude ou avec des lampes infrarouges.
Aussi futiles paraissent-ils en apparence, tous ces conseils
sont utiles et contribuent à une bonne anesthésie suivie d’un
excellent réveil.
Les protocoles anesthésiques ont été donnés par Polly TAYLOR et
publiés dans le FAB, en 2002 ainsi que sur le site internet du
Cat Group .
Au préalable à l’intervention, quand c’est possible (sur les
chatons errants, c’est illusoire), il est souhaitable que le
chaton ait reçu au moins la première injection de vaccination
contre la panleucopénie, l’herpès virose et les Caliciviroses.
Les réticences à la stérilisation précoce portent sur :
- une influence possible sur le comportement : les études
menées Outre-Atlantique ne permettent pas de la documenter.
Les chats stérilisés précocement n’ont pas plus de troubles
du comportement que les autres et la durée d’adoption n’est
pas modifiée (enquête épidémiologique sur 1660 chats, 2004)
Bien au contraire, l’incidence des problèmes de malpropreté
comme d’agression entre chats sont moindres, ainsi que leur
corollaire (abcès, etc.)
- une augmentation de l’incidence du syndrome urologique
félin : la castration précoce entraîne une diminution du
développement du pénis, avec des différences du diamètre de
l’urètre au niveau pré-pelvique, sans conséquence
pathologique. Ce moindre développement du pénis rend
simplement le sondage urinaire plus délicat pour le
praticien vétérinaire (une étude montre qu’à 22 mois, sur
des chats castrés précocement l’extériorisation du pénis est
plus difficile).
- une augmentation de la croissance : la fermeture des
cartilages de conjugaison est sous la dépendance des
sécrétions hormonales, donc on pourrait s’attendre à ce que
les chats stérilisés précocement soient légèrement plus
grands , ce qui n’est pas le cas (étude sur 31 chats
stérilisés à 7 semaines et 7 mois). Le risque de fracture
épiphysaire n’est pas augmenté non plus.
- une augmentation de l’incidence de l’obésité et de
l’apparition de diabète : aucune incidence actuellement
décrite
Dans les avantages vérifiés chaque jour se trouvent l’absence
de développement d’hyperplasie fibro-épithéliale et une
incidence moindre des tumeurs mammaires malignes (80% des
tumeurs ). Par ailleurs, on note sur les chats stérilisés
précocément une incidence moindre de l’asthme, non expliquée à
ce jour.
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